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La disparition subite de Charles JOUBERT (1797 - 1840), frappé par la foudre

  • Photo du rédacteur: Régis COUDRET
    Régis COUDRET
  • 15 nov.
  • 13 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


Le Four à chaux de Saint Eutrope à Beaulieu au début du XXème siècle (source : Delcampe)
Le Four à chaux de Saint Eutrope à Beaulieu au début du XXème siècle (source : Delcampe)

Préambule


L’été dernier, après avoir marché en montagne, je cédais à la tentation d’une bonne crêpe aux myrtilles, accompagnée d’un sirop d’orgeat. Profitant d’un journal qui traînait à la terrasse du café, je lisais : « Météo : Dimanche, sur l'île d'Oléron, … un éclair a frappé deux femmes, isolées d’un groupe de randonneurs. Si l'une d'elles est indemne, la seconde était en état de mort apparente mais a survécu… Le reste du groupe qui a été témoin du foudroiement […] va probablement être traumatisé ». En reprenant mon chemin, je repensais à un de mes aïeux, Charles JOUBERT (Sosa N°52). En pleine force de l’âge, alors que tout lui souriait dans la vie, il fut frappé par la foudre. Contrairement aux deux randonneuses d’Oléron fulgurées, mon ancêtre fut, lui, proprement foudroyé. C'était au sommet d'un four à chaux, à Beaulieu sur Layon, un soir d’Août 1840.

L’entourage de Charles JOUBERT, à commencer par son épouse et ses enfants, fut certainement traumatisé par sa disparition subite. Mais récemment, grâce à un ami manceau, passionné de l'Histoire de Beaulieu sur Layon, je me suis rendu compte que la mort de Charles JOUBERT avait eu au moins une suite heureuse. Elle permit à son frère, Louis François, prêtre devenu tuteur de ses neveux et nièces, de gagner une certaine renommée. En se rapprochant de sa famille à Angers, il put mener à bien une œuvre de restauration à la cathédrale Saint Maurice, dont tout un chacun peut profiter aujourd'hui. C'est ce que je vais vous raconter ici.


Jacques Charles JOUBERT, né au Mans


Jacques Charles JOUBERT est né au Mans le 28 Ventôse de l’An V Républicain, soit le 18 mars 1797. Son père, Jacques qui était arpenteur, s'y était installé avec sa jeune épouse Marguerite, née MARTIN, peu de temps après leur mariage civil contracté le 18 Vendémiaire de l’AN IV (10 Octobre 1795), à Marolles les Brault.


Portrait de Jacques JOUBERT (1757–1839) (source : Archive familiale)
Portrait de Jacques JOUBERT (1757–1839) (source : Archive familiale)

« Le 18ème Vendémiaire An IV à huit heures du soir devant moi... marié Jacques Joubert arpenteur demeurant commune de Marolles district de Mamers (Sarthe) né à Aubigné le 14 Mars 1757 de François Joubert et de Marguerite Boutelou domiciliés à Aubigné assisté de Jean Baptiste Charles Joubert son frère de la commune d'Aubigné et Marguerite Martin demeurant au Mans née à Bonnétable le 14 Février 1772 de défunt Thomas Martin et de défunte Marie Allaire domiciliés à Bonnétable assistée de Pichard... » [1]

Leur mariage religieux se déroula clandestinement [2] dans la maison des demoiselles BEAURY, rue Saint Vincent au Mans. C’est dans cette rue, que les époux emménagèrent. Ils déclarèrent au N°16, un premier fils, Jacques (Charles), Il était âgé de 8 mois au recensement de la population daté de Frimaire de l’An VI (novembre 1797),


Extrait du Recensement de population du Mans An VI (source : 2 Mi 289_110 – AD Sarthe)
Extrait du Recensement de population du Mans An VI (source : 2 Mi 289_110 – AD Sarthe)

Marguerite donna deux autres garçons à son mari : d’abord Louis François, né en 1799, dont nous aurons l’occasion de reparler, et Léonide Pierre qui naîtra en 1800 mais ne vivra qu’un mois. Jacques Charles que toute la famille appela très vite Charles, vécut jusqu’à l’adolescence avec son frère rue Saint Vincent. Cette rue formée de petites maisons basses enchevêtrées, était proche des établissements scolaires les plus réputés du Mans. Juste derrière le N°16, était l’enclos des Pères de l’Oratoire, collège de la ville [3]. Il est probable que Charles comme Louis François le fréquentèrent dès leur plus jeune âge.


Emplacement reconstitué du n°16 de la rue Saint Vincent au Mans au XVIIIème siècle (source : Christian MOTAIS)
Emplacement reconstitué du n°16 de la rue Saint Vincent au Mans au XVIIIème siècle (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)

A l'âge de sept ans, Charles fut blessé à la tête par une pierre


Illustration du jeune Charles JOUBERT frappé par le destin  (source : image générée par l’IA)
Illustration du jeune Charles JOUBERT blessé à la tête par une pierre (source : image générée par l’IA)

On dit souvent que le destin des hommes se joue dans les premières années de leur vie.  Celui de Charles, qui semblait déjà bien tracé, fut certainement bouleversé une première fois. La cathédrale Saint Julien du Mans était située à moins de deux cent mètres de leur maison. La famille JOUBERT y emmenait leurs enfants à la messe. A cette époque, l’édifice gothique était en mauvais état : « la voûte était trouée en deux endroits, les portes vermoulues et le sol très irrégulier. ». A l’âge de sept ans, au cours d’un office, Charles fut blessé à la tête par une pierre qui s’était détachée de la voûte de la cathédrale. Après six mois de soins quotidiens, il garda une cicatrice et resta toute sa vie sujet à de violents maux de tête. Charles continua tant bien que mal d’aller au collège. Pendant ce temps, son frère, Louis François, menait d’excellentes études au Collège du Mans, avant de s’orienter vers la prêtrise.

Quelques années après cet accident, en 1812, une des tantes paternelles de Charles, Thérèse DETIS, née JOUBERT, mourut. Veuve depuis une dizaine d’années [4], Thérèse laissait derrière elle quatre enfants, dont deux filles : Thérèse, née en 1796 et Elise née le 10 Octobre 1799. La cadette fut accueillie par un oncle de Charles, Pierre Charles JOUBERT-PAULMIER, installé avec sa famille à la Pinsonnière à Beaulieu sur Layon. Pendant ce temps, les parents de Charles recueillaient au Mans l’aînée des orphelines, Thérèse. La maison de la rue Saint Vincent était petite. Toute la famille déménagea au numéro 43 de la rue des Quatre Roues au Mans [5]. Le recensement de 1812 atteste leur présence et celle de Thérèse DETIS dans cette nouvelle maison :


Extrait du Recensement de population du Mans de 1812  (source : AD Sarthe)
Extrait du Recensement de population du Mans de 1812 (source : AD Sarthe)

Thérèse avait un an de plus que Charles. Elle va aider son cousin dont les maux de tête persistaient, dans ses devoirs. A force de persévérance, Charles réussit à faire ses classes d’humanités. Mais Thérèse se languissait aussi de sa petite sœur, installée à Beaulieu. Pour la remercier peut-être d’aider leur fils, les JOUBERT du Mans se rapprochèrent de Pierre Charles et Marie Charlotte JOUBERT-PAULMIER. Et bientôt, à l’occasion de vacances, Thérèse y séjourne, donnant aussi l'occasion à Charles de faire la connaissance des filles de Pierre Charles et Marie Charlotte : Marie Caroline, Olympe et Augustine.


Un beau mariage à la « Pinsonnière »


A 17 ans, Charles se prépare, peut-être sur l’insistance de sa famille, à tenter l’entrée à l’École normale supérieure. Il doit se rendre à Angers pour suivre, en qualité d’auditeur, les cours nécessaires au concours. Se pose la question d’un hébergement. Sa tante, Marie Charlotte, née PAULMIER [6] trouve une solution auprès de son cousin germain, Charles René PAULMIER, résidant rue du Cornet à Angers. Charles JOUBERT emménage au début de 1814 chez ce lointain cousin. C'est probablement dans cette maison que va naître une inclination sentimentale réciproque entre Charles JOUBERT et Marie Caroline JOUBERT, 19 ans, qui rendait visite à ses oncle et tante lorsqu'elle venait à la ville.

Charles, ayant échoué à intégrer l’Ecole normale supérieure rentre au Mans. A cette époque, son frère Louis François a rejoint le Grand Séminaire. Il est ordonné prêtre en Décembre 1821 et nommé à l’église de La Couture au Mans. Très vite, il s’intéresse au domaine des reliques [7].

Charles, lui, a pris goût pour les Sciences de la nature. Au contact d'un professeur émérite, Thomas CAUVIN, il se lance dans l’étude de la botanique mais aussi de l’archéologie et lie des relations d’amitié avec un jeune pharmacien de la ville, Edouard GUERANGER. Avec son jeune ami [8]. il se met à collectionner toutes sortes de plantes mais aussi des fossiles, des pierres, ou encore des insectes. Charles n’oublie pas pour autant Marie Caroline, avec qui il entretient une correspondance assidue. Il fait part à sa « cousine préférée » de ses découvertes en botanique, etc.... Sur un autre ton, il n’hésite pas à la taquiner.

Alors que leur relation épistolaire se mue petit à petit en idylle, un drame survint à Beaulieu en 1821. La jeune Elise DETIS, déjà malade, meurt terrassée par la tuberculose le 2 février, à l’âge de 21 ans. On sait les conditions d‘hygiène encore balbutiantes de l’époque. Le bacille a malheureusement contaminé ses cousines, avec qui elle a grandi. Successivement, Olympe, succombe à la maladie le 5 mars 1822. Puis Augustine le 14 juillet 1823. Caroline reste désormais la fille unique de Pierre Charles et Marie Charlotte. Mais pas pour bien longtemps.

Charles ne tarde pas à demander la main de Caroline à son oncle Pierre Charles JOUBERT. Celui-ci lui accorde après avoir consulté le curé du Thoureil. Etant cousins germains, une dispense de Rome est nécessaire ; celle-ci tarde mettant à rude épreuve la patience des fiancés. Enfin, le mariage a lieu à Beaulieu le 3 Mai 1824. Le registre de l’église mentionne que le mariage a été célébré par le Vicaire général du diocèse avec la mention : « après la publication canoniquement faite, et dispense obtenue tant en cour de Rome que de Mgr L’Evêque du Mans… »


Extrait de l'Acte de mariage de Jacques Charles JOUBERT et de Marie Caroline JOUBERT à Beaulieu sur Layon le 4 Mai 1824 (source : AD Maine et Loire)
Extrait de l'Acte de mariage de Jacques Charles JOUBERT et de Marie Caroline JOUBERT à Beaulieu sur Layon le 4 Mai 1824 (source : AD Maine et Loire)

Les naissances à Beaulieu


Les jeunes époux s’installent aussitôt dans la demeure. Les naissances vont bientôt s’y succéder et contribuer à ramener de la jeunesse dans cette grande maison. Charles et Caroline eurent en tout sept enfants, tous nés à Beaulieu.

     

Tableau généalogique JOUBERT-PAULMIER-DETIS, dressé par Monsieur Christian MOTAIS
Tableau généalogique JOUBERT-PAULMIER-DETIS (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)

Une « lamium maculatum » cueillie au Toureil  (source : planche inventoriée au musée TESSE au Mans)
Une « lamium maculatum » cueillie au Toureil (source : planche inventoriée au musée TESSE au Mans)

Pour nourrir cette grande famille, Charles participe au développement des activités économiques de la « Pinsonnière », constitués principalement de fermages agricoles et viticoles. Il s’implique aussi dans l’exploitation d’un four à chaux nommé Saint Eutrope, que son beau-père a fait construire en 1820 [9]. Charles a toujours son appétence pour la botanique. Pendant ses loisirs, il étend sa collection avec des plantes angevines et complète ainsi un herbier qu’il avait démarré vers 1818. Il constitue ainsi au fil des ans, une collection de 1 813 planches botaniques, portant des toponymes manceaux comme « Gué de Maulny, l’Epau, Fresnay le Vicomte, Moulin de Neuville, Allonnes, etc.… » et angevins comme : « Angers Guigne-folle, La Baumette, Le Toureil, St Rémy la Varenne, etc… » [10].



Charles, Conservateur des Monuments

du Maine-et-Loire

Au début des années 1830, la famille JOUBERT de Beaulieu se porte bien. Les enfants sont en bonne santé et aucun décès prématuré n’est venu endeuiller la « Pinsonnière ». Les réussites sociale, politique et économique sont également au rendez-vous. A la faveur des Trois Glorieuses de Juillet 1830, des élections ont eu lieu dans les communes. Pierre Charles qui avait été un des premiers maires de Beaulieu au moment de la Révolution, retrouve son fauteuil perdu sous le règne de Charles X. Il a 61 ans et cède bientôt à son gendre la gestion de son industrie de la chaux. Mais Charles ne se contente pas de son rôle de chef d’entreprise et de père de famille.

A la même époque, de nombreuses sociétés savantes voient le jour en province qui réunissent les érudits locaux dans les divers domaines des Sciences de la nature et de l’Histoire. Charles est nommé en 1836 Conservateur des monuments du département du Maine et Loire. Un an après sa nomination, il participe en tant qu'orateur, au congrès du Mans de la Société française d'archéologie.


Carte postale ancienne montrant l’église de la Couture au Mans et la Préfecture (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)
Carte postale ancienne montrant l’église de la Couture au Mans et la Préfecture (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)
Carte postale ancienne montrant le Menhir de la Pierre Longue au Thoureil (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)
Carte postale ancienne montrant le Menhir de la Pierre Longue au Thoureil (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)

Le congrès se déroula le 20 Juin 1837 à la Préfecture de la Sarthe. Le site de la Préfecture étant contigu à l’église de La Couture où son frère Louis-François est prêtre, et à cent mètres de la maison familiale où vit encore son père [11], on peut imaginer que la famille de Charles était présente pour l’écouter.

Charles effectuera ce jour-là un discours sur le « mégalithisme dans la commune du Thoureil et de St Maur ». L’attache familiale des JOUBERT-PAULMIER dans ce lieu lui avait en effet permis de découvrir en détail le territoire de la petite commune. En effectuant des fouilles, Charles établit que le petit village avait « la densité mégalithique la plus importante du Maine-et-Loire, soit 14 dolmens et menhirs ». Ce discours de Charles, sans doute prometteur sur son avenir au sein de la Société française d’Archéologie, fut à notre connaissance, le seul qu’il effectua devant « près de 300 notables habitants de la ville du Mans ». Trois ans après, son destin et celui de ses proches furent bouleversés.


L'année fatale


En Mars 1840, de nouvelles élections municipales ont lieu à Beaulieu sur Layon. Pierre Charles JOUBERT qui a désormais 70 ans, pense à se retirer. A 43 ans, Charles brigue sa succession au poste de maire. Il se présente à ces élections avec l' appui de son beau-père. Il est élu le 15 Juin.

Le 16 Août voit la consécration de Charles en tant que premier édile de la commune : « L’an mil huit cent quarante, le seizième jour du mois d’août, à l’heure de midi ; le conseil municipal de la commune de Beaulieu s’est réuni dans la salle de la mairie à l’effet de procéder à la réception et prestation de serment et d’installation de M Joubert Jacques Charles, nommé Maire … » Ce fut le plus court mandat de Maire à Beaulieu.

Huit jours plus tard, le samedi 24 Août 1840, vers six heures de l’après-midi, alors qu’un orage était sur le point d’éclater à Beaulieu, Charles JOUBERT qui inspectait le travail de ses ouvriers au four à chaux de Saint Eutrope [12], « monta sur son fourneau et ordonna à ses « fournelliers » de cesser au plus tôt leur travail, ceci par mesure de prudence et vu que le lendemain se trouvait être un dimanche… » [13]. C’est alors que la foudre le frappa, le tuant sur le coup. Charles avait 43 ans. On imagine assez bien la sidération de ses ouvriers et le désarroi de sa famille. Surtout celui de son épouse, Marie Caroline, qui attendait alors un enfant.

Trois semaines après le drame, le 15 septembre, Caroline met au monde Marguerite. Le frère de Charles, Louis-François JOUBERT baptise à Beaulieu sa dernière nièce.


Extrait du registre paroissial des décès de Beaulieu sur Layon (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)
Extrait du registre paroissial des décès de Beaulieu sur Layon (source : Micro-Histoires de Beaulieu sur Layon)

L’acte du registre de l’église se trouve sur la même page que celui du décès de son père. Une phrase fait mention de la triste situation « Le père de l’enfant nous a été enlevé par la foudre, le vingt quatre aout dernier, comme il est marqué ci-dessus. »


Epilogue


Dans un premier temps, Caroline se retrouve seule, avec une fratrie de sept jeunes enfants dont l'aîné Eugène a 15 ans. La vie a repris quoiqu’il en coûte. Pierre Charles JOUBERT, 71 ans, reprend la gestion des fours à chaux. Mais les années suivantes, sa santé décline. En 1843, la veille de Noël, il meurt entouré de ses petits-enfants. Sa femme, Marie Charlotte a 83 ans. Presque aveugle, elle décède deux ans plus tard le 3 Décembre 1845.

Caroline doit succéder à son père à la Direction des fours à chaux. Très vite, son oncle, Louis François JOUBERT va l'épauler, en exerçant une sorte de tutelle sur l’éducation de ses neveux. Les trois ainés sont scolarisés à Angers au séminaire de Montgazon. Par ailleurs, l’oncle Louis, « tonton » comme l’appellent les enfants, aide de son mieux sa nièce pour toutes les démarches financières de la maison.

Enfin, Louis François obtient de sa hiérarchie d’être rattaché au diocèse de la cathédrale Saint Maurice d’Angers. Au début de l’année 1846, il quitte le Mans et arrive dans la capitale angevine. Il devient rapidement Chanoine honoraire et custode de la cathédrale Saint- Maurice, c’est-à-dire gardien du trésor et conservateur des objets liturgiques précieux.


Carte postale ancienne de la cathédrale St Maurice à Angers (source : Delcampe)
Carte postale ancienne de la cathédrale St Maurice à Angers (source : Delcampe)

Caroline a cinquante ans. Son fils aîné, Eugène, est parti à Paris au collège Stanislas en Mathématiques Supérieures. Auguste et Henri, toujours sous la férule de leur oncle Louis, vont bientôt passer leur baccalauréat. Ses autres enfants, encore jeunes, vont bientôt fréquenter des établissements sur Angers. Caroline donne alors en gérance les fours à chaux. La maison étant vide, elle ne se sent plus obligée de rester toute l’année à Beaulieu. Elle part s’installer dans la maison qu’occupe à Angers son oncle Louis François, rue du Vollier, au n°12.

Les garçons, ayant choisi pour la plupart des carrières dans l’administration, s’éparpillent dans toute la France, au hasard de premières nominations. Le point de rencontre de la famille JOUBERT se fait maintenant à Angers, plus facile d’accès pour tous. Et Caroline peut réunir ainsi ses enfants autour d’elle.


Photographie de Louis François JOUBERT, Chanoine, vers 1851 (source : Archives familiales)
Photographie de Louis François JOUBERT, Chanoine, vers 1851 (source : Archives familiales)

Petit à petit, voyant ses neveux et nièces s’émanciper, Louis François JOUBERT peut se consacrer entièrement à une nouvelle quête. En prenant ses fonctions à la cathédrale Saint Maurice, il avait découvert dans son trésor, des lambeaux de tapisseries médiévales. Il s'attela alors à la reconstitution de ce qu'on appelle aujourd'hui la Tenture de l’Apocalypse, qu'on peut admirer au château d'Angers. Cette recherche pendant 15 ans (1846-1861) de morceaux éparpillés jusque dans les écuries du pays, deviendra son grand œuvre.

Alors que le nom de Charles JOUBERT n'apparaît plus dans le dictionnaire de Célestin PORT en 1978, et que seul la mémoire familiale se souvient encore de sa disparition tragique, tout un chacun peut apprendre en s'intéressant à l'histoire de la tenture que, sans le Chanoine Louis François JOUBERT, l'œuvre populaire du Moyen Age, inscrite en 2023 par l'UNESCO au registre international Mémoire du monde, aurait aujourd’hui disparu. Mais après avoir lu cette petite histoire, on peut aussi se dire que, sans le décès prémature de son frère aîné, Louis François JOUBERT se serait peut-être contenté de collecter toute sa vie des œuvres sacrés mais néanmoins obscures pour le commun des mortels au Mans, dont on fait de temps à autre l’inventaire dans un sous-sol que j'imagine mal éclairé.


Une partie des six pièces qui composent la tenture de l'Apocalypse  (source : Wikipedia)
Une partie des six pièces qui composent la tenture de l'Apocalypse (source : Wikipedia)

Notes de fin

[1] Extrait du registre des BMS de Marolles les Brault – AD Sarthe 2E 199/10.


[2] Le prêtre qui les unit, Jacques SAVARRE, ex-curé de Jublains, avait été réfractaire au serment sur la Constitution civile du clergé en 1791 et officiait clandestinement.


[3] Ce collège devint le lycée Montesquieu.


[4] Le mari de Thérèse, Jean Détis était mort en 1803 à 42 ans.


[5] Le recensement de Juin 1812 le mentionne à cette nouvelle adresse. La rue des Quatre roues tire son nom d’un grand puit collectif équipé de quatre roues, qui se situait à quelques mètres de là, au croisement avec la rue St Julien le Pauvre (devenue place Franklin Roosevelt). Cette rue, appelée aussi rue des Quatre œufs, est devenue la Rue du Docteur Leroy en 1925.


[6] Elle a épousé Pierre Charles JOUBERT au Thoureil en 1794.


[7] Louis-François va développer les années suivantes des compétences historiques et artistiques en la matière qui seront bientôt reconnues au niveau du diocèse du Mans et au delà.


[8] Edouard GUERANGER n’avait que quatre ans d’écart avec Charles JOUBERT. Après la mort de Charles, les GUERANGER noueront des relations de famille avec les JOUBERT. Edouard deviendra en effet le beau-père d'Augustin JOUBERT, le deuxième fils de Charles JOUBERT en 1857. Edouard GUERANGER était aussi le frère de Prosper, plus connu sous le nom de Dom GUERANGER, père abbé de Solesmes dans la Sarthe.


[9] Cette petite industrie s’amorça en 1807, et vit la construction de quatre fours à chaux. Le premier, la Thébauderie, a complètement disparu. Saint Eutrope et deux derniers proches du pont Barré ont été relativement bien préservés.


[10] Cette collection a été donnée par la famille JOUBERT au Musée vert du Mans et inventoriée au musée TESSE de cette même ville.


[11] La mère de Charles JOUBERT ; Marguerite MARTIN était décédée l’année précédente en Mai 1836 au Mans.


[12] Le sommet de ce four en forme de tour, sert aujourd’hui de table d’orientation. Il constitue un point culminant à Beaulieu, dominant le Layon.


[13] D’après le livre de Léon GOURDON sur Beaulieu écrit en 1955.







 
 
 

5 commentaires


Pierre M-C
il y a 2 jours

Si nos histoires de vie personnelles pouvaient être parfois aussi bien retenues et inscrites que celles de tes aieux.... pour la postérité😀

Comment arrives tu à connaitre la vie de ces personnes si précisément: Ils ont des rangs, ont écrit leurs mémoires, eu des histoire singulières...: Enfin bravo pour recréer des atmosphères, faire revivre ces humains et trouver toutes ces informations. Le pourrait on aujourd'hui pour nos contemporains familiaux? Avoir une trace parfois pour le futur.

Je t'embrasse, J'y joint Béatrice

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Alain Guillemin
il y a 6 jours

Tous mes compliments Régis pour cette narration prenante et riche de détails. A ton prochain récit...

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Invité
il y a 6 jours
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Merci Alain d'être aussi fidèle lecteur de mes articles. J'écrirais bien un peu plus sur les Guillemin mais la matière me manque un peu. En espérant que toi et Agnès vous portez bien.

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FETIS
il y a 7 jours

Ce texte est très bien écrit et très intéressant. Quant aux détails, ils sont nombreux : cela impose de réunir beaucoup de documentation. Bravo à toi.

Jean-François

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Invité
il y a 6 jours
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Merci Jean-François pour tes commentaires et pour ta fidélité à mon blog. J'espère que tout va bien pour toi. Te souhaitant une bonne fin d'année. Amitiés. Régis

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