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Les GUILLEMIN-CARTON sous l'occupation allemande

  • Photo du rédacteur: Régis COUDRET
    Régis COUDRET
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  • 12 min de lecture
« Hupen verboten » les premières interdictions sous l’occupation allemande
(source : Gallica – BNF)
« Hupen Verboten », un exemple des premières interdictions sous l’occupation allemande à Paris (source : Gallica – BNF)

Préambule


Carte indiquant le tracé de la ligne de démarcation en 1940
(source : Archives de la Somme)
Carte indiquant le tracé de la ligne de démarcation en 1940 (source : Archives de la Somme)

Environ 5 millions d’hommes avaient été mobilisés en Septembre 1939. 1,8 million furent faits prisonniers par les Allemands. La Convention d’armistice du 22 Juin 1940 prévoyait la constitution d’une Armée de « transition ». La France n’était autorisée à conserver qu’une armée de 120 000 hommes en métropole. Entre 500 000 et 1 million de militaires français réussirent à rejoindre la zone libre au cours de l’été 1940. Avec les unités déjà présentes au Sud de la ligne, ce sont près de deux millions de soldats qui furent démobilisés entre Juillet et Novembre 1940. Les autorités allemandes autorisèrent les militaires démobilisés au Sud et domiciliés au Nord de la ligne de démarcation à rentrer chez eux. Ce fut le cas de Roger GUILLEMIN, réfugié à Fleurance dans le Gers. Il finit par regagner Sotteville avec son épouse Suzanne et ses enfants au mois d'Octobre 1940. Après guerre, son épouse résuma sur une simple feuille de papier, le quotidien auquel sa famille fut soumise dès leur retour à Sotteville : « Très peu de bombardements au début mais avec les restrictions et contraintes, l'interdiction de circuler le soir, d'avoir de la lumière apparente, etc … ». Les GUILLEMIN se mirent à vivre, comme leurs cousins CARTON, à l’heure allemande.


La ligne de démarcation


Menu du dîner d’adieu de l’E.H.R du dépôt de cavalerie N°3 du 1er Août 1940 (source : Archives familiales)
Menu du dîner d’adieu de l’E.H.R du dépôt de cavalerie N°3 du 1er Août 1940 (source : Archives familiales)

Dès son arrivée dans le Gers le 20 Juin, Roger rejoignit les siens. Suzanne, Odile et Jacques étaient installés depuis huit jours au deuxième étage d’une maison située au 35, rue Thierry Cazes à Fleurance. L’Escadron Hors Rang avec lequel il était arrivé, s'installa sur la route de Auch à la sortie de la ville. Le 1er Août, Roger y fêta avec ses compagnons de route, leur démobilisation à l'occasion d'un dîner. Mais Roger ne fut vraiment « rayé des contrôles » que le 12 Septembre 1940. C'est-à-dire qu’il fut enfin autorisé à rejoindre son domicile de Sotteville avec sa famille. Seulement, même avec des papiers en règle, le retour en zone occupée n’était pas simple. Il fallut attendre encore plus d'un mois.

Jusqu’au 20 juillet, Roger et Suzanne n'eurent pas de nouvelles de leurs parents restés en zone occupée. A Chatelaillon, les CARTON s'étaient retrouvés de facto du mauvais côté de la ligne de démarcation. Dans une première lettre à sa sœur Suzanne, le 23 Juillet, Raymond CARTON écrivit : « je vais tâcher de dégotter une carte pour voir si ton patelin est en zone occupée car, tu sais, nous sommes en train de (re) apprendre notre géographie ».

Extrait du courrier adressé par Raymond CARTON à sa sœur Suzanne le 23 Juillet 1940 (source : Archives familiales)
Extrait du courrier adressé par Raymond CARTON à sa sœur Suzanne le 23 Juillet 1940 (source : Archives familiales)

Sur ce courrier, ses enfants, Denise et Bernard, ajoutèrent un petit mot à l’attention de leurs cousins, Jacques et Odile : «  Nous sommes à Chatelaillon. C’est au bord de la mer. Il y a des huîtres […] et nous en mangeons presque tous les jours […] nous jouons beaucoup dans le sable […] ». Denise et Bernard se croyaient en vacances comme avant-guerre. Leurs parents, beaucoup moins. Raymond et Yvonne consacraient leur temps à tenter de réorganiser leur vie familiale et matérielle après les bouleversements du Printemps : « nous avons commencé par faire cuire des œufs avec une bougie […] maintenant avec bien du mal j’ai installé un petit réchaud électrique ».

Encouragés par les autorités allemandes, les CARTON rentrèrent à Sotteville le plus vite possible. Si Raymond eût des congés de son employeur [1] en Août, il les passa sans doute comme tous les Sottevillais, à constituer des réserves alimentaires.

La mère de Roger, Mathurine LECOINTE, s'était réfugiée dans sa famille à Loyat. Elle n'avait pas eu les mêmes difficultés de subsistance. Le 17 Juillet, elle écrivit à son fils Roger : « Si j’avais des nouvelles de nos maisons, je ne serais pas pressée de partir, étant très bien ici, entourée de ma famille et ne souffre pas du ravitaillement. » Elle eut, comme elle le raconta à ses enfants, « l’occasion d’un car pour retourner à Sotteville […dès - ndla] le jeudi [25 Juillet – ndla] matin 6 h heure allemande [2] ». Lorsqu’elle arriva à Sotteville, sa maison était occupée par des soldats allemands. C’étaient des jeunes mobilisés dont la discipline devait laisser à désirer. Pour s'amuser, ils s'étaient travestis avec la garde-robe de Suzanne. Mathurine se plaignit auprès de leur officier. Elle dut sans doute en imposer, car les soldats quittèrent bientôt sa maison.


Jacques GUILLEMIN à l’école Bayard en 1942
(source : Archives familiales)
Jacques GUILLEMIN à l’école Bayard en 1942 (source : Archives familiales)

Roger, Suzanne et leurs enfants ne rejoignirent Sotteville qu’après la rentrée scolaire de l'automne 1940. Le réseau ferroviaire avait été très endommagé par les bombardements et les trains circulaient peu. Ils étaient bondés et les contrôles étaient nombreux. Les GUILLEMIN avaient embarqué à Auch dans un wagon à bestiaux, avec plusieurs familles. Odile se souvient que dans la cohue sur le quai, elle perdit un de ses souliers. Elle put le récupérer de justesse avant que le train démarre. Pour rejoindre la Normandie, ils firent un tour de France par Toulouse, Nîmes et la vallée du Rhône. Ils changèrent de train à Lyon. Ce fut l'occasion pour Odile et Jacques d'être invités par un chef de gare, à boire un chocolat chaud. Pendant ce temps, leur mère campait sur le quai avec les bagages, en attendant une correspondance hypothétique pour Paris. En arrivant enfin à Rouen, Jacques et Odile se souviennent qu’ils franchirent la Seine sur un pont dont les rails ne reposaient plus que sur des traverses de fortune. On voyait sous les rails, les eaux du fleuve. De la gare Rive-Gauche, les GUILLEMIN regagnèrent Sotteville à pied. Jacques put bientôt reprendre sa scolarité à l'institution Bayard. Odile commença la sienne l'année suivante à l'école Jeanne d'Arc de Sotteville. Leur père retrouva son poste de secrétaire à la mairie. Pour autant, la vie n'était plus comme avant.


« Les jours sans »,

sous l’occupation allemande


Affiche placardée le 13 Juin 1940 à Rouen et les communes limitrophes
(source : Sotteville les feuilles mortes tome 2 page 114)
Affiche placardée le 13 Juin 1940 à Rouen et les communes limitrophes (source : Sotteville les feuilles mortes tome 2 page 114)

Dès l’arrivée des Allemands le 13 Juin 1940, les Sottevillais qui étaient restés chez eux, avaient été avisés par affichage dans les rues, de ne pas sortir le soir « entre 20 heures et 6 heures », sauf délivrance d’un « aussweiss » et que « des otages répondraient par leur vie de l’ordre et de la sécurité dans la ville ». Depuis, la rigueur de l'occupant s’était étendu à tous les domaines. Le 1er août 1940, les services de la mairie de Sotteville distribuèrent une première carte de rationnement sur le sucre. D’autres suivirent bientôt. Les restrictions déjà imposées depuis la « drôle de guerre » sur la viande, les pâtisseries, la confiserie ou le chocolat devinrent des interdictions les lundi, mardi et mercredi, comme tous les alcools et les apéritifs. C’est à cette époque que fut inventée par les ménagères, l’expression « jour sans » [3].


Comparatif de prix entre 1937 et 1941 édité par l’Almanach Hachette 
(source : Maison pour tous de Sotteville, éditeur)
Comparatif de prix entre 1937 et 1941 édité par l’Almanach Hachette (source : Maison pour tous de Sotteville, éditeur)

Le 1er octobre, des cartes d'alimentation furent distribuées avec des distinctions suivant les âges. Par exemple, un adulte de catégorie A avait droit à 2 kgs de pommes de terre par mois alors qu’avant la guerre, sa consommation mensuelle était en moyenne de 15 kgs. Pour bon nombre de Sottevillais, le rutabaga remplaça la « patate » et devint la base de l'alimentation. En Janvier 1941, la ration quotidienne de pain fut ramenée à 200 g par personne, à 300 g pour les travailleurs de force et à 175 g pour les vieillards et les enfants. On vit alors apparaître des pains noirs à base de farine aussi peu panifiable que mangeable. En Avril 1941, ce fut la pénurie de pâtes et d'huile, etc...


Feuille de tickets de ration de 100 g de pain de Septembre 194.. 
(source : Alpes collections)
Feuille de tickets de ration de 100 g de pain de Septembre 1944 (source : Alpes collections)
Une file d’attente devant une boulangerie 
(source non connue)
Une file d’attente devant une boulangerie (source non connue)

A partir de cette date, les commerçants ne purent honorer tous les tickets de cartes d'alimentation mis en place [4]. Dans l'attente des produits désirés, il fallut faire la queue à la porte des épiceries, des boulangeries, etc…

Comme on commençait la queue à 6 heures du matin pour une ouverture des commerces à 8 heures, celle-ci devint le lieu privilégié où toutes les recettes culinaires possibles s'échangeaient. On y affirmait par exemple, l'excellente saveur d'un pâté sans viande ou du « Kif-kif » [5] qui remplaçait avantageusement, disait-on, l'huile absente.

Très vite, les citadins s'approvisionnèrent dans les fermes… au prix fort et par le biais du « marché noir ». Afin de lutter contre, les autorités tolérèrent le « marché gris », à savoir le troc de produits manufacturés contre par exemple, des œufs ou du fromage. Ils instaurèrent aussi le « marché rose ». Les citadins qui avaient de la famille à la campagne furent ainsi autorisés à recevoir des colis de nourriture n’excédant pas 5 kgs. A partir de Mars 1943, les CARTON en reçurent ainsi des GUILLEMIN qui s'étaient réfugiés à la campagne, comme nous le verrons un peu plus loin : « Nous avons bien reçu le colis […] le pâté était fameux. Petit père et maman sont venus le manger avec nous et prendre un canard. Le beurre est arrivé à point. Nous allons vous envoyer un mandat pour vous dédommager un peu des frais… »


Des réquisitions et des contraintes,...


Vague de froid début Janvier 1941 – la Loire gelée
(source : Meteo-Paris)
Vague de froid début Janvier 1941 – la Loire gelée (source : Meteo-Paris)

Les premiers mois de l'occupation ne parurent pas trop difficiles, mais la rigueur de l'hiver provoqua en plus une hausse des prix. Notamment celui du charbon. Durant l’hiver 40-41, les températures descendirent à moins de 11 degrés à Rouen. A partir du 8 Janvier, la Seine charria des glaçons en aval de Paris. Cela causa bien des soucis aux riverains à Rouen, dont un pont de bateaux fut emporté par les glaces.

Il fallut aussi faire avec les réquisitions. Il y eut d’abord celle des chambres chez l’habitant par l’occupant allemand, dès leur arrivée en Juin 1940, Mathurine LECOINTE en fit par exemple les frais. Mais on vit également les Allemands réquisitionner des draps. Les Sottevillais durent cacher alors sous les lames de parquet des chambres, leur plus beaux draps. Toujours sur ordre de l'occupant, ils apprirent à occulter leurs fenêtres la nuit, pour ne pas avoir de lumière apparente de l’extérieur.

Pour faire face aux réquisitions et contraintes qui se multipliaient, les Français utilisèrent le système « D », c'est à dire la débrouillardise. Pour répondre par exemple à la pénurie d’essence, on convertit plusieurs dizaines de milliers de véhicules au gazogène [6]. Ce ne fut apparemment pas le cas de la « KZ  » de la famille CARTON. Elle resta dans un garage toute la durée de la guerre et survécut aux bombardements.


Les français à bicyclette sous l’occupation allemande
(source : LAPI/Roger Viollet)
Les français à bicyclette sous l’occupation allemande (source : LAPI/Roger Viollet)

Les CARTON comme la plupart des Sottevillais utilisèrent la bicyclette pour faire leurs provisions à la campagne : « Comme les pneus étaient délivrés parcimonieusement, on en […] fabriqua […] Par exemple, le pneu Boudou. C’était du tuyau d'arrosage percé et réformé. La débrouille était la règle. » [7] Raymond se débrouillait à sa manière pour entretenir les vélos de la famille en bon état. « Mon vieux Roger j'ai préparé hier pneus, chambres et mèches, deux de chaque ; tu as encore de quoi rouler. Il y a un pneu qui est encore épatant. C'est verni de retrouver cela en ce moment ». Après sa démobilisation en 1940, Raymond avait retrouvé un travail au garage Peugeot, 116-118 avenue du Mont Riboudet, sur la Rive droite de Rouen. J’ai supposé qu’il avait récupéré à ses risques et périls, des pièces de rechange à son garage, dont le précieux caoutchouc.

Début 1943, même les 2 roues furent réquisitionnés : plus de 3 000 à Sotteville. A cette occasion, les gardiens de la paix remplacèrent les soldats allemands partis sur le front de l’Est, pour faire du « porte à porte ». Ils en profitèrent pour signifier aux ouvriers qualifiés qui étaient chez eux, leur réquisition pour le Service du Travail obligatoire (S.T.O) instauré depuis peu. Ce fut le cas de Roger PARMENTIER, dont l’épouse Marguerite, née RENAULT, était une des tantes maternelles de Suzanne. En tant que chimiste, il partit « travailler » en Allemagne. Il ne revint qu’à la fin de la guerre.


Des réquisitions et des contraintes ... mais aussi des actes de Résistance

Une famille française écoutant la radio pendant l’occupation allemande
(source : Ministère de l’intérieur)
Une famille française écoutant la radio pendant l’occupation allemande (source : Ministère de l’intérieur)

Les Français avaient pris l'habitude d'écouter Radio Paris au moment de la drôle de guerre [8]. A partir d'octobre 1940, écouter « Radio Londres », c'est-à-dire la B.B.C, devint un acte officiellement interdit en zone occupée. Les familles se cachèrent pour écouter certaines stations. Au Printemps de 1941, la B.B.C conseilla aux Français de tracer à la craie sur les murs des « V » comme Victoire. Des résistants de la première heure n’avaient pas attendu cet appel radiophonique pour agir. Dès le 31 août 1940, les Allemands arrêtèrent ainsi des otages à Duclair dans la périphérie de Rouen, à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de Juillet 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage se multipliant, la répression s’intensifia, notamment à l’encontre des communistes et syndicalistes. Le 22 juillet 1941, le nouveau Préfet régional, René BOUFFET, réclama aux services de police de Rouen une liste de militants communistes. Il la communiqua à la « Feldkommandantur 517 » [9]. Sur cette liste, il y avait un certain Daniel NAGLIOUCK, appartenant à la Résistance communiste. Il se trouve que ce militant travaillait comme mécanicien ajusteur dans le même garage que Raymond CARTON. Jacques GUILLEMIN me raconta que le travail de son oncle consistait à essayer officiellement les véhicules légers réparés par le garage. Il travaillait donc au bout de la chaîne comme « testeur » et validait la réparation avant livraison.


Troupes allemandes franchissant la frontière soviétique le 22 Juin 1941 (source : Imago/Itar-Tass
Troupes allemandes franchissant la frontière soviétique le 22 Juin 1941 (source : Imago/Itar-Tass)

Le garage Peugeot du Mont Riboudet travaillait officiellement pour les Allemands. Y étaient réparés des véhicules légers pour le transport de leurs troupes. A partir de Juin 1941, l'Allemagne nazie eut besoin d'énormément de camions pour transporter ses soldats. En effet, le 22 Juin, HITLER avait attaqué par surprise l'Union soviétique. 3 millions de soldats allemands et alliés franchirent alors la frontière. Dès le mois d'Avril, NAGLIOUCK, « avec un camarade d’atelier, […] » avait saboté 20 camions allemands placés en réparation chez Peugeot, en introduisant de la limaille de fer dans les moteurs et en provoquant des fêlures dans les pièces de rechange. Il conseillait par ailleurs des ouvriers de garages voisins sur la manière de saboter les camions allemands [10]. Raymond était-il au courant de ces sabotages ?

Le 15 Septembre 1941, alors que l’opération BARBAROSSA commençait à s’embourber en Russie [11], une quinzaine de camions allemands [sortis du garage Peugeot - ndla] tombèrent en panne au bout de quelques kilomètres [12]. la « Feldkommandantur 517 » de Rouen utilisa alors la liste du Préfet BOUFFET, et procèda à des arrestations parmi les ouvriers des garages Peugeot et Renault du Mont Riboudet. Daniel NAGLIOUCK fut arrêté et torturé. Il finira déporté à Auschwitz. Mais qui était le camarade d’atelier de ce résistant chez Peugeot ? Jacques me dit que les véhicules que son oncle testait et validait, étaient à la limite d’un fonctionnement sûr. Il me précisa aussi que son oncle ne fut jamais inquiété par les Allemands. Il ajouta : « comme la plupart de ces camions partaient ensuite pour le front de l’Est, Raymond ne sut jamais ce qu’ils étaient devenus… ». Raymond continua son travail au garage Peugeot jusqu'en 1944, mais à partir de Septembre 41, continua-t-il de valider les véhicules allemands ?

Parmi toutes ces parties de « cache-cache » volontaires ou pas, et plus ou moins dangereuses, le jeu de dupes « radiophonique » dura jusqu’en Mars 1944. Les Alliés préparaient alors le débarquement en Normandie et envoyaient des messages codés à la Résistance par radio. Les autorités obligèrent les Sottevillais à porter, sous peine d’amendes sévères, tous les postes radio en mairie. Le 3 Avril 1944, Yvonne CARTON, l’épouse de Raymond, écrivait à sa belle-soeur : « J'ai été porté le poste le 31. J'en aurais pleuré car je crois qu'il ne faut se faire d’illusion pour le revoir… » Ceux qui avaient décidé de garder leur poste durent redoubler de précautions avant de l'allumer. Ils le cachèrent dans leurs caves derrière des barriques de cidre. De toute façon, se cacher dans les caves était devenu une nécessité impérieuse depuis 1942. Avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, les Alliés avaient multiplié les raids sur l'Europe nazie. Nous verrons dans un dernier épisode qu'à partir du second semestre de 1942, la guerre prit une toute autre dimension dramatique dans le quotidien des GUILLEMIN et des CARTON.

A suivre prochainement : Les GUILLEMIN-CARTON sous les bombardements alliés.


Notes de fin


[1] Les députés avaient voté les pleins pouvoirs à Philippe PETAIN le 10 Juillet. Il s’accorda entre autres le pouvoir législatif. Le régime de Vichy modifia en profondeur le droit du travail, en supprimant par exemple les syndicats libres, mais il n’abrogea pas le principe des deux semaines de congés payés, institué par le Front populaire de Léon BLUM en 1936.


[2] Au fur et à mesure de leur progression en France, les autorités allemandes imposèrent l'heure de Berlin, soit une heure de décalage avec l’heure française d’avant-guerre. A 6 heures « allemande », il était jusque-là 5 heures « française ».


[3] L’expression fut employée jusqu’en 1949.


[4] Contrairement à une idée répandue, le rationnement ne s'est pas arrêté à la Libération. Il a perduré jusqu’en 1948. Le 1er décembre 1949, furent supprimées les dernières cartes de rationnement en France. Ainsi, les tickets de rationnement ont existé en France pendant près de neuf ans, d'octobre 1940 à la fin de 1949.


[5] Un succédané de matière grasse destiné à remplacer l'huile ou le beurre dans la cuisine familiale.


[6] Le moteur à gazogène fonctionnait au charbon de bois.


[7] Extrait de ‘« Sotteville les feuilles mortes » volume 2 page 131.


[8] En 1940, on peut estimer qu'entre 15 et 20 millions de Français (soit environ 50 %) avaient un accès régulier à un poste de radio, directement ou par l'intermédiaire de leur entourage.


[9] La Feldkommandantur 517 (FK 517) était un quartier général de commandement militaire de l'armée allemande (Wehrmacht) établi à Rouen pendant l'Occupation. Elle dirigeait l'administration militaire de la région, contrôlait la police, ordonnait des rafles et gérait les tribunaux militaires prononçant condamnations et exécutions


[10] D’après une notice sur le déporté politique à Auschwitz, Daniel NAGLIOUCK


[11] L'opération Barbarossa s'est véritablement embourbée à l'automne 1941, précisément en octobre, lors de l'apparition de la rasputitsa (la saison des boues provoquée par les pluies d'automne) qui a paralysé la logistique et stoppé net la progression de la Wehrmacht aux portes de Moscou.

 

[12] Sources « Les ecrits de la Résistance en Seine Maritime » par Claude Paul COUTURE et le Maitron.


 
 
 

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